Derrière le hashtag

Travailleurs nomades, explorateurs(trices), baroudeurs(deuses), réalisateurs(trices) de film, écologistes, photographes… Ils parcourent le monde et sont sur tous les réseaux sociaux. Ils nous font rêver avec leurs vies trépidantes au travers de magnifiques aventures et de paysages toujours plus époustouflants. Mais qui se cachent derrière ces explorateurs et quel rapport entretiennent-ils avec leur image sur les réseaux sociaux?

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La semaine dernière avait lieu la première édition du festival Beside où tourisme d’aventure, plein air et écotourisme étaient au rendez-vous. Conférences sur la culture de champignons, sur la pêche moderne, sur l’art du surf, sur l’exploration de glaciers; introduction au canot, à la slackline, au paddle, à l’escalade ou encore ateliers de yoga, de chasse, de photos de nature… Il y en avait pour tous les goûts! Sur place, de nombreux voyageurs et explorateurs de la planète sont venus parler de leur quotidien. J’en ai profité pour en rencontrer quelques-uns et évoquer le sujet des réseaux sociaux.

Une job comme une autre

Pour plusieurs d’entres eux, s’occuper des réseaux sociaux fait partie de la job. Cela n’est pas toujours un plaisir mais c’est, parfois, ce qui leur permet un certain mode de vie.

Caroline Côté est cinéaste d’aventure. Pour elle, les réseaux sociaux sont une évidence même si elle admet y voir un vrai dilemme dans les valeurs qu’elle prône.

Les réseaux sociaux, c’est un moyen rémunérateur d’arriver à vivre de ma passion. Ça m’a servi à trouver des commanditaires, des contrats… J’adore faire de la création visuelle mais c’est devenu une grosse pression. Pour continuer à faire des expéditions, il faut continuer à mettre des choses en ligne, pis c’est correct mais parfois, ça devient une plaie, raconte la jeune exploratrice.

Pour Yan Kaczynski, photographe d’aventure, les réseaux sociaux sont davantage le prolongement de son travail, tel un portfolio, un moyen supplémentaire de montrer ce qu’il fait, sans pour autant y consacrer beaucoup de temps.

Photo: Yan Kaczynski, Juste être dehors

Évidemment que j’utilise les réseaux sociaux même si je ne suis pas la personne qui gère le mieux (rires)! Je préfère la photographie imprimée, je trouve que ça amène une grande valeur à l’image mais je me suis adapté à mon temps puis ça amène de la visibilité facilement. Par contre, si je me fais contacter, c’est pour mon travail sur le terrain, ma personnalité et la manière dont j’échange avec les gens, pas pour mon compte Instagram. Directement par les réseaux, c’est plutôt des gens qui veulent un échange ou de la gratuité, explique-t-il.

Un peu dans la même idée, Guillaume Beaudoin, directeur photo, explique qu’il utilise les réseaux de façon naturelle et non pour se trouver des contrats ou des commanditaires.

Pour la job, je trouve ça 100% bénéfique et c’est l’fun à faire. Ça permet d’avoir le contrôle sur son propre travail, sur sa propre image, faire sa propre publicité, gérer sa visibilité. J’utilise les réseaux sociaux de façon très organique. J’ai la chance que ça aille bien avec mon travail donc j’ai pas à chercher via les réseaux sociaux. Si je devais chercher, je les utiliserai différemment peut-être, livre-t-il.

Partager le monde

Photo tirée de la conférence de Charles Post, Festival Beside 2019

Certains professionnels de la nature voient dans les réseaux sociaux la possibilité de sensibiliser, de partager la réalité et de soulever des enjeux importants. Comme l’a expliqué Charles Post, réalisateur écologiste, dans sa conférence «La conservation par l’image», les réseaux sociaux lui ont permis de sortir du monde scientifique et de partager ses découvertes avec le grand public. À travers ces outils, il souhaite poursuivre ses recherches et continuer à sensibiliser le monde entier sur les oiseaux, la survie des espèces, la réalité du réchauffement climatique…

Pour Caroline, les réseaux sociaux restent un outil d’inspiration, notamment pour les jeunes femmes.

Il y a beaucoup de filles qui ont vu ce que je fais et qui ont commencé à devenir des exploratrices. Et quand on y pense, ce sont des filles que j’aurais pas été capable de rejoindre sans les réseaux sociaux. Ça me donne le gout de continuer parce que ça me touche beaucoup. Ma mission, c’est d’amener le plus de monde à aller vivre quelque chose à l’extérieur, des nouvelles expériences pour sortir de sa zone de confort et être plus authentique. Je pense qu’Internet peut amener les gens à bouger.

Perdre la connexion

Photo de Caroline Côté par Gautier Da Silva

Tous les professionnels interrogés pointent tout de même du doigt le manque d’authenticité, la surabondance d’images et la perte de connexion réelle entre les individus et leur environnement.

Il y a moins de rencontres dans les hôtels, les auberges de jeunesse, les transports. Avant, c’était hyper facile, maintenant, on communique à l’extérieur de l’endroit où on se trouve, on partage avec nos proches, avec les gens de chez nous, mais pas avec les gens qui sont là. Le rapport avec le territoire est aussi différent. On vit moins le voyage si on est sur les réseaux sociaux dans l’immédiat, en direct, dit Yan.

Caroline, elle, explique qu’elle épreuve des difficultés à séparer son travail de sa passion. Elle pense constamment aux contenus à créer pour pouvoir continuer à vivre de l’aventure. Cependant, cela l’éloigne de ses véritables valeurs, à savoir se connecter à la nature.

J’ai de la misère à profiter d’être en nature sans avoir le besoin de tout filmer. La grosse caméra, ça m’empêche de connecter avec l’environnement et avec les gens. J’adore prendre des commentaires sur la vie des gens mais des fois, j’aimerais juste être avec eux et les écouter au lieu de penser comment créer des images… Ça connecte mais aussi, ça déconnecte. Et avec les réseaux sociaux, c’est la même chose. Est-ce qu’on vit l’aventure pour les réseaux sociaux? Est-ce qu’on y va pour les vraies raisons ou est-ce qu’on le fait pour alimenter son feed?, se questionne Caroline.

Attention: fake!

Photo: Guillaume Beaudoin

Tous soulignent aussi leur intérêt pour conscientiser le monde sur les dessous de ces réseaux, qui paraissent idylliques au premier abord.

Les réseaux sociaux n’ont pas amené que des belles choses. Ça se base quand même beaucoup sur l’autopromotion de l’individu lui-même, sur les besoins liés à son égo. Il faut essayer de rester authentique même si c’est pas tout le temps facile de trouver la limite, argumente Guillaume.

C’est difficile de différencier le vrai du faux. Dans les réseaux sociaux, on retrouve le côté authentique et le côté trop plastique, presque fake. C’est comme un gâteau, avec trop de couches, trop de crémage et les gens peuvent s’y perdre. Les deux petites tentes là-bas, tu pourrais prendre une photo et écrire «je suis dans la forêt». Tout dépend du cadrage et de la quote. Maintenant, tu peux écrire n’importe quoi et c’est dommage parce qu’on mélange beaucoup de choses, se désespère Caroline.

Pour Yan, créer du contenu est devenu aujourd’hui très facile et accessible au plus grand nombre. Cependant, il déplore la surabondance d’images, parfois répétitives et loin de la réalité.

C’est facile de reconnaître les talents, les photographes qui sortent du lot, ainsi que le travail authentique. Malheureusement, même si on retient pendant un bref instant ces images qui se démarquent, la plupart (qui méritent quand même une attention), sont diluées par la masse énorme de visuels disponibles et la courte capacité d’attention des gens, raconte Yan

L’important: savoir se retrouver

Photo: Yan Kaczynski

L’élément qui ressort de ces entrevues est le fait de trouver un équilibre dans son travail, dont font partie les réseaux sociaux, et sa passion, ce pour quoi ces professionnels sont sur le terrain.

Ce que j’aime faire avec les réseaux sociaux, c’est mettre de l’avant des choses qui me tiennent à cœur, comme la protection de l’environnement. Je me dis que c’est correct de passer beaucoup de temps sur les réseaux sociaux si ma voix a un impact. Je me perdrais si j’avais à parler de maillot de bain etc… Si j’avais pas de messages, je deviendrais déprimée. Je sais que je pourrais trouver plus de contrats, que je manque des opportunités mais je m’en fous. Les vrais contacts, les gens que je rencontre sur ma route, c’est ce qui compte. Les meilleures opportunités et expériences que j’ai vécues, c’est pas avec les réseaux sociaux, c’est en face à face, grâce à mon instinct, souligne Caroline.

J’essaye vraiment de faire de l’éducation à travers des contenus intéressants, pas seulement beaux. Parfois, c’est plus documentaire, parfois plus poétique. Je prends vraiment mon temps pour créer de nouvelles publications, raconte Guillaume.

En voyage, comme au quotidien, si on est sur les réseaux sociaux dans l’immédiat, en direct, on est moins connecté au présent. Si on fait ça pendant qu’on est seul par exemple, après un moment vraiment vécu à fond, il y a moyen de trouver une belle balance et de bien profiter du périple. C’est important pour moi de trouver cet équilibre, conclut Yan.

Galerie Photo du Festival Beside 2019

Comments

  1. Bel article! Faudrait par contre corriger le titre pour le mot « hasHtag » 🙂 Bonne journée!

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